Philip Kerr – La trilogie Berlinoise

Compilation publiée en 1993 sous le titre original « Berlin Noir » « Bernhard Gunther » trilogy.

Le livre se compose de trois nouvelles publiées entre 1989 et 1990 : l’Été de cristal (March Violets,1989), la Pâle figure (The Pale Criminal,1990),  un requiem allemand (A German Requiem,1991).

A noter la parution d’une suite des aventures de  Bernhard Gunther : The One From the Other (2006), A Quiet Flame. London (2008), If The Dead Rise Not (2009)

Philip Kerr (1956, Edimbourg) est un auteur Britannique qui a publié depuis 1988 une quinzaine de nouvelles -dont la ‘trilogie Berlinoise’ – et quelques fictions pour enfants. Prix du polar Européen 2009 pour ‘La mort, entre autres’

Son site officiel mérite le détour.

Présentation de l’éditeur

Berlin, 1936. À peine apparaît-il dans les premières pages de L’Été de cristal que Bernie Gunther, détective privé, nous semble à la fois familier et étranger. Familier parce qu’avec son imperméable, son feutre et ses clients mystérieux, il est le frère jumeau de Philip Marlowe, mais aussi étranger, car l’on n’a jamais vu de privé de roman noir assister aux Jeux Olympiques de Berlin, que les SA se chargent de « nettoyer » pour offrir une façade accueillante aux touristes…

De 1936 à 1947, des camps de concentration aux ruines de Berlin, le personnage de Philip Kerr n’en finit pas d’explorer les sombres allées du IIIème Reich, et à l’image de son contemporain Sam Spade, ce héros solitaire voit sa morale mise à rude épreuve dans un monde corrompu et violent…

(Source: Editions du Masque -Hachette Livre – 1998)

Les 4ème de couverture des livres initiaux étaient les suivantes  :

l’Été de cristal

Vétéran du front turc, ancien de la police, Bernie Gunther, trente-huit ans, est devenu détective privé, spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Bernie ne se plaint pas. Les disparitions sont monnaie courante à Berlin, en 1936, et il ne manque pas de clients…

Mais aujourd’hui, Hermann Six, le puissant industriel qui engage Bernie, ne cherche pas à trouver sa fille : celle-ci a été assassinée chez elle, ainsi que son mari. Non, ce qui intéresse Herr Six, ce sont les bijoux qui ont disparu du coffre-fort… À la veille des Jeux Olympiques, tandis que les S.A. se chargent de rendre la ville « accueillante » aux touristes attendus, Bernie se met en chasse. Et cet été-là, l’ordre nouveau qui règne sur l’Allemagne va se charger de faire voler en éclats le peu d’illusions qui lui reste…

la Pâle figure

Septembre 1938. Tandis que la ville croule sous la chaleur, les Berlinois attendent avec anxiété l’issue de la conférence de Munich. Engagé par une riche veuve pour retrouver l’individu qui la fait chanter, le détective privé Bernhard Gunther se trouve plongé, lui, dans les méandres de la médecine psychiatrique moderne…

avant de se voir contraint par Heydrich de prendre les rênes d’une enquête bien particulière : retrouver le tueur en série qui hante les rues de Berlin depuis quelques semaines, s’attaquant à des adolescentes. Mais s’il obtient le privilège d’être nommé « Komissar », Bernie est encore loin d’imaginer que son investigation le mènera au plus profond des coulisses du pouvoir nazi… là où même lui, le cynique que rien n’étonne, se laissera surprendre par « le criminel à la pâle figure »…

Un requiem allemand

La Deuxième Guerre mondiale a pris fin mais l’Allemagne de 1947 étouffe sous la pression des Alliés qui se partagent Berlin. Le marché noir est roi, l’espionnage aussi. Bernie Gunther, redevenu détective privé, se voit alors engagé par un colonel du renseignement soviétique pour sauver de la potence Becker, un de ses anciens adjoints du temps où il était Komissar. Celui-ci se déclare innocent d’un meurtre qui ressemble fort à un coup monté.

À Vienne – où Becker est détenu – comme à Berlin, c’est la valse des espions et la valse des identités, certificat de « dénazification » en main. Coincé entre les intérêts américains, les intérêts russes et la volonté de sauver sa peau, Bernie Gunther va devoir se prouver que le front de l’Est ne lui a rien fait perdre de ses qualités d’avant guerre.

Mon avis

Un recueil -à lire absolument -  dense et captivant de plus de 800 pages où l’auteur témoigne d’une grande maîtrise du genre.

Le thème du personnage central, Bernie Gunther, ex-policier renommé devenu privé est très ordinaire, mais la période et le contexte historique où se passent ces histoires démarquent complètement le récit des standards habituels.

L’auteur y décrit de façon plutôt détaillée  la montée puis la chute du nazisme telle qu’elle est vécue et perçue par Bernie Gunther au quotidien au travers de ses enquêtes.  On pourrait, toutes proportions gardées,  y trouver des ressemblances avec ‘la vie des français sous l’occupation’ d’Henri Amouroux.

Bernie Gunther est plutôt ‘gentil’ mais néanmoins complexe puisqu’il alterne, sans devenir sulfureux, entre son rôle de privé et celui de SS,  côtoie plusieurs hauts dignitaires nazis, s’en éloigne  etc.

Une série de livres où Philip Kerr a donc pris des risques, ce qui mérite le détour dans un genre qui s’apparente trop souvent à de la littérature de gare.

Cela n’empêche pas de s’interroger sur le contexte des récits : un écrivain anglais né 10 ans après la guerre  peut-il, ou plutôt a t-il -au travers de son personnage central- le droit  moral de s’exprimer, et de porter des opinions qui ne sont pas anodines,  en lieu et place de personnes ayant physiquement vécues en Allemagne une telle période ?

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